Il y a eu l'époque des psys, où on entrait dans un cabinet aux odeurs d'huile essentielle, à l'ambiance froide et muette, où on s'couchait sur un sofa confortable et le psy à côté, assis sur sa chaise, qui semble vous écouter et prendre des notes sur un cahier à la couverture neutre, alors qu'au final vous faites un monologue pendant qu'le psy fait sagement des dessins ou établit la liste des courses sur le papier destiné à marquer nos états d'âme. Après, il y a les moments où on est tellement mal qu'le monde pourrait s'arrêter d'tourner et ce serait moins grave que tous nos problèmes enchaînés, ces moments-là où on part d'un seul coup sans rien dire à personne, et où finalement les personnes les plus proches à notre coeur nous retrouvent en pleine rue, perdu, le visage en larmes et la respiration coupée par la peur et l'angoisse. Après sont arrivées les journées crevantes, où on s'défoule et on s'investit à fond dans les cours, où on fait des efforts et quand on rentre chez nous on a juste à s'effondrer sur notre lit pour évacuer tout c'qui n'va pas, en s'disant que même tous les efforts du monde n'arriveront jamais à tourner la page et penser à autre chose, avec l'oreiller qui s'imbibe de larmes, de maquillage et d'amertume. Ou plus tard, il y a la période où on recommençait à y croire, où on faisait confiance, où on se donnait des sensations et du bonheur, et au final on s'retrouve au point d'RDV comme convenu la veille au soir, et on attend cette personne qui n'viendra plus jamais, une fois qu'il a eu c'qu'il voulait il avait décidé d'partir... Et il y a les périodes où on s'dit qu'l'adolescence est un putain de gouffre sans fin.
«C'est drôle ce besoin qu'ont les gens d'accuser les autres d'avoir gâché leur existence. Alors qu'ils y parviennent si bien eux-mêmes, sans l'aide de quiconque.»